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sur lequel sont également publiés ces textes.Bonnes lectures...
sur lequel sont également publiés ces textes.
Lors de notre dernière conversation, mon ami, le philosophe pessimiste, m’avait anéanti en me convaincant que certains métiers étaient misérables alors que je les considérais jusque là comme appartenant aux plus beaux du monde.
Bon, je m’en étais à peine remis qu’il m’aborde de nouveau en me disant qu’il avait encore bien des choses à dire concernant les métiers du monde.
« Allons bon ! dis-je, plein d’inquiétude.
- Oui, l’autre jour je n’ai fait qu’effleurer la question en vous parlant des métiers qui poussaient sur le fumier du monde.
- Comment ? Vous allez me dire qu’il y a pire que ces « charognards » dont vous me parliez ?
- Bien pire.
- Mais enfin, la sagesse populaire ne dit-elle pas qu’il n’y a pas de sots métiers ?
- Eh bien, la sagesse populaire se trompe !
- Allons donc !
- Et ce ne serait pas la première fois. Avez-vous déjà médité sur ce proverbe : « Tel père, tel fils » ?
- Oui, très vrai. Un peu comme « Les chiens ne font pas des chats ».
- Bon, eh bien, maintenant que dites-vous si on les rapproche de cet autre chef d’œuvre de la sagesse populaire : « A père avare, fils prodigue » ?
- Heu…
- Ou bien ces deux-là : « Les voyages forment la jeunesse » et « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » !
- Bien, vous m’avez convaincu. La sagesse populaire n’est sage qu’en certaines circonstances.
- Sans doute ; et moi je proclame bien fort qu’il y a des sots métiers.
- Mais encore ?
- Pire que sots, inutiles, voire carrément nuisibles ! s’exclama mon ami en s’animant d’une rare colère. Rare tout du moins chez lui qui était habituellement un bloc inaltérable de sérénité.
- Allez, vous n’allez tout de même pas me reparler de Cicéron !
- Eh bien si, justement. Cicéron gagne à être connu. Oh ! bien sûr, c’est un homme de son temps et sa réflexion sur les métiers ne peut se comprendre qu’en se replaçant dans le contexte du sixième siècle.
- Du sixième siècle ! m’exclamai-je. Je ne suis pas très calé en histoire antique, mais tout de même, Cicéron au sixième siècle !
- Du sixième siècle, c’est bien ce que j’ai dit et persiste à dire. Je parle bien sûr du sixième siècle ab Urbe condita.
- …
- Depuis la fondation de Rome si vous préférez.
- Heu… vous ne trouvez pas que vous faites un peu pédant, là ?
- Enfin, soyons logiques : je vous dis que pour comprendre la pensée de Cicéron, il faut se replacer dans son contexte, et vous voudriez que je le situe par rapport à Jésus-Christ qu’il n’a pas connu et dont personne à son époque ne pouvait soupçonner la future existence ! Cela n’aurait pas de sens.
- …
- Cicéron, donc, était pour son temps, quelqu’un d’assez conservateur mais cependant il portait sur son époque un regard lucide, intelligent, sans complaisance. Ce qu’il dit des métiers dans le « De officiis » déjà évoqué est bien sûr très daté, mais peut nous aider à réfléchir. Ainsi… »
Et, ce disant, mon ami le philosophe pessimiste, chez qui nous nous trouvions, s’empara d’un volume ancien, le feuilleta rapidement et m’annonça qu’il allait me lire, à moi, Hervé Léonard MARIE, grand pourfendeur du capitalisme sauvage et domestiqué, un passage qui ne manquerait pas de me faire réagir. Je lui répondis que s’il me le lisait en latin, je ne manquerais pas de bâiller, ce qui somme toute est une réaction comme une autre, mais peut-être pas exactement celle qu’il prévoyait. Il me rassura aussitôt en m’assurant que la traduction de Gallon-la-Bastide était admirable quoiqu’un peu vieillie, elle aussi. Je ne manquai pas alors de lui faire remarquer que le nom même de son traducteur « Gallon-la-Bastide » était vieilli. Enfin, en tout cas, plus personne n’oserait s’appeler ainsi aujourd’hui !
En fin de compte, et après ces considérations somme toute annexes et dérisoires, mon ami me lut ce passage : « Le commerce est ignoble s’il se fait en petit ; s’il se fait en grand, au contraire, s’il amène l’abondance, s’il est profitable au grand nombre, et exempt de fraude, il n’a rien de bien répréhensible.»
« Votre Cicéron est un âne » ! m’insurgeai-je aussitôt.
- Je vous l’avais bien dit que vous réagiriez…
- Il y a de quoi, non ? Vilipender ainsi le petit commerce de proximité et mettre au pinacle les grandes entreprises marchandes.
- Vous réagissez, j’en ai peur, sans chercher à vous mettre dans le contexte. Et puis, où voyez-vous « petit commerce de proximité » ? Cicéron n’utilise pas le terme ; et où avez-vous entendu qu’il mettait « au pinacle » les grandes entreprises ? Il ne fait que dire au sujet du grand commerce qu’il n’a « rien de bien répréhensible ». Ce n’est tout de même pas le mettre au pinacle. Surtout qu’il assortit sa réflexion de conditions : il faut que l’activité soit utile aux autres ; et d’une restriction fondamentale, induisant une nécessaire morale : « exempt de fraude ».
- En effet, vous avez réponse à tout. Et quels sont les autres vilains métiers pour votre antique mentor ?
- Eh bien, c’est là qu’on voit bien que son époque n’est pas la nôtre.
- Mais encore ?
- Cicéron vilipende, je cite : « les gains de ceux qui achètent aux marchands pour revendre tout de suite à plus haut prix ; ils ne peuvent gagner qu’en trompant. » me lut-il ainsi.
- Mais je ne vois là rien que de très sensé et qui correspond par bien des côtés à notre époque, répliquai-je.
- Sans doute, mais les métiers qu’il cite en se donnant Térence comme référence sont : poissonnier, boucher, charcutier, cuisinier, pêcheur, parfumeur…
- Ah ! ? En effet, son époque n’est plus la nôtre. Enfin, si, peut-être dans les moments de crises, de guerres… lorsque le marché noir fleurit vénéneusement.
- Bon, il ajoute aussi « joueur professionnel », et là, nous sommes bien d’accord avec lui. Aucune utilité sociale.
- Et aujourd’hui, en ce début de 28ème siècle A.U.C., vous en connaissez beaucoup, des métiers inutiles ou vils ? Je vous mets au défi de m’en trouver plus de deux ou trois. »
Mon ami le philosophe pessimiste me regarda en souriant et finit par me dire :
« Un métier doit être utile aux hommes et satisfaire à leurs besoins. C’est bien sûr le cas d’un certain nombre d’entre eux, néanmoins, je proclame haut et fort, urbi et orbi, hic et nunc, ici et là, voire ailleurs, que les sots métiers sont légion. Et en voici quelques-uns, seulement quelques-uns : relookeur de seins, toiletteur de chiens, peigneur de girafes, encoucheur de mules, concepteur d'emballages inutiles, concepteur d'emballages menteurs, fabricateur de tels emballages, réalisateur de forfaits téléphoniques illisibles et incomparables, assureur arnaqueur, transporteur de jus d'oranges du bout du monde, spéculateur financier, trader, chercheur de poux dans la tête, philosophe pessimiste, implantateur d'implants capillaires, chercheur de rien, vendeur d'inutile, empêcheur de vivre, créateur de fesse-bouc, pubeur excessif, capilliculteur, dictateur, prospecteur téléphonique vespéral, esthéticienne...
- Stop ! m’écriai-je. N'en jetez plus ! Je suis convaincu.
- Mais alors, que reste-t-il comme métier honorable ?
- Vous allez rire, mais je vais encore appeler notre ami Cicéron à la rescousse. Ecoutez ce qu’il écrit : «Mais de toutes les professions qui peuvent enrichir, l’agriculture est la meilleure, la plus féconde, la plus douce, la plus digne d’un homme libre.»
Et mon ami soupira légèrement en rajoutant qu’il ne devait pas rester beaucoup d’hommes libres de nos jours du moins si l’on s’en rapportait à la démographie du monde paysan… De là à dire que l’esclavage se ménage encore de beaux jours modernes devant lui, il y avait un pas qu’il ne franchit pas ce soir-là, cependant je le sentais hésiter intensément.
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