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Vous trouverez sur ce blog les dernières nouvelles et fictions écrites par Hervé de Tonquédec. Les avis, commentaires, critiques et impressions des internautes m'intéressent vivement. N'hésitez pas  à les déposer  soit sur ce blog, soit sur le site  Mes oeuvres sur In Libro Veritas sur lequel sont également publiés  ces textes.

Bonnes lectures...

                                                            Hervé de Tonquédec
Dimanche 3 juillet 2011 7 03 /07 /Juil /2011 01:22

Je sèche complètement. En réalité, je n’arrive plus à écrire. Pas plus tard que le week-end dernier, alors que j’avais le temps, la tranquillité d’esprit, l’idée, le scénario, l’ordi allumé, je me suis retrouvé comme  devant la page blanche. Le vide. Rien. Incapable d’écrire plus d’une ligne. Bon, j’en ai écrit une quand même. Une ligne. La voici : « Quel beau temps !  et ça dure depuis le début du mois d’avril ! Que c’est bon pour le moral. »

Vous me direz qu’en partant comme ça, en effet ce n’était pas gagné de pondre un truc qui tienne le lecteur en haleine. Oui, bon, d’accord, le style de cette ligne n’est pas franchement époustouflant, mais pour mon histoire, ça convenait plutôt bien. Et puis, ce ne serait pas la première fois que je commence par des banalités, que je poursuive mon petit bonhomme de texte, et qu’il arrive à tenir sur ses mots de belle façon. Quitte, d’ailleurs, à revenir sur tel ou tel passage, sur les premiers mots éventuellement, pour qu’ils correspondent mieux à ce que je voulais dire. Mais là, rien. Impossible d’aller plus loin !

Pourtant l’histoire que je voulais raconter était assez sympa. Un genre un peu anticipation, un peu réflexion sur nos origines et sur notre devenir. Oui, oui, ça n’a pas l’air comme ça, mais c’est bien ce que je voulais écrire. Mais, pfff, rien. Le vide.

L’idée de départ, de mon histoire que je n’ai pas écrite,  m’est venue à partir de l’insolent soleil inhabituel que nous avons depuis plusieurs semaines. D’un coup, je me suis dit : et s’il ne pleuvait plus du tout ? Ou plutôt, si, qu’il pleuvrait, - c’est tout de même obligatoire qu’il pleuve lorsqu’il y a du soleil. Réfléchissez. Soleil = évaporation = condensation = pluie ; c’est quand il pleut et qu’il n’y a pas d’évaporation que la pluie ne trouve plus les conditions de sa naissance. Bon, je m’égare un peu, là. – donc, il pleuvrait, mais plus sur la terre ferme, seulement sur les océans.

Ca commencerait par une petite zone de quelques kilomètres carrés dans le centre des terres. Une petite zone, grosso modo circulaire ou patatoïde, dans laquelle plus une goutte d’eau ne tomberait. Au début, les gens n’y feraient pas trop attention.  Cet endroit, tout petit à l’échelle des continents, serait irrigué et les gens continueraient à y vivre normalement. Ou bien, ce serait un endroit complètement urbanisé, une ville où personne ne se plaindrait de ne pas  être embêté par la pluie, où seuls, peut-être, les marchands de parapluie remarqueraient qu’il ne pleut plus.

Seulement, d’année en année, la zone s’élargirait. L’irrigation deviendrait de plus en plus difficile. Les montagnes se videraient de toute l’eau accumulée dans leurs entrailles, comme de vulgaires éponges que l’on presserait. Les nappes phréatiques  s’assècheraient. Le désert s’installerait petit à petit. Un peu comme ce que l’on connaît au Sahel en ce moment.

Du coup les hommes quitteraient cette zone inhospitalière pour s’installer dans des contrées plus verdoyantes. Mais la zone sans pluie continuerait à s’agrandir. Les hommes continueraient à se rapprocher des océans. Cela prendrait plusieurs siècles mais le mouvement serait irréversible. Tout terre émergée deviendrait sable, roc, poussière. Cela donnerait lieu à quelques descriptions sympas. La transformation subreptice des paysages - dont on ne se rendrait pas vraiment compte à l’échelle humaine, mais pourtant bien réelle et tangible lorsque les hommes visionneraient les films et les photos des siècles passés et exhumeraient des documents évoquant les forêts giboyeuses et les champs fertiles - permettait d’imaginer de superbes images, genre grand cayon ou grand erg voire grande casse. 

Je prévoyais également quelques considérations, comme celles que l’on peut faire en contemplant les peintures rupestres du Tassili, qui prouvent aujourd’hui, en 2011, que la vie et la végétation foisonnaient dans ce désert, il y a quelque trois mille ans.

J’imaginais aussi quelques propos plus ou moins pseudo-scientifiques sur les raisons qui conduisaient ainsi la pluie à s’éloigner des hommes. Un petit coup de réchauffement climatique par ci, un soupçon de trou dans la couche d’ozone par là, une modification des courants marins, voire une inversion des pôles magnétiques. Bon, je me voyais bien faire quelques recherches sur ces sujets, pour donner un peu de crédibilité à mon histoire.

Tout cela, je l’imaginais assez clairement dans ma tête, mais j’étais incapable de l’écrire. La panne sèche. J’avais l’inspiration, je n’avais pas les mots.

Vous me direz que c’était parce que je ne savais pas où je voulais en venir. Eh bien vous vous tromperiez : je savais très bien où je voulais en venir. Voyez plutôt.

Les hommes, donc, s’éloignaient de plus en plus du centre des continents et se massaient de plus en plus près des côtes. Là où la pluie irriguait encore les terres et permettait les cultures. Pour un temps encore. Bien sûr cela créait des conflits et des famines liés à la surpopulation. Puis les hommes se mirent à exploiter de plus en plus les ressources des océans, édifièrent des villes sous-marines et sur-marines. De plus en plus, ils vivaient dans et de la mer. Et la pluie finit par ne plus tomber que sur l’eau des océans, eau douce sur eau salée. Et petit à petit, leurs pieds se palmèrent… Des mutations (et là, éventuellement un petit couplet sur les radiations) apparurent. On signala un puis deux puis dix bébés qui naissaient avec des sortes d’ouïes en dessous des oreilles. Les nez disparurent. Les hommes retournèrent d’où ils venaient : la mer. Le sein maternel.

Et des siècles, des millénaires plus tard, ces hommes que très peu de choses distinguaient des dauphins maintenant disparus, se disputaient au sujet des théories sur l’évolution. Certains étaient partisans d’une sorte de créationnisme : ils avaient été créés dans l’eau, point barre. D’autres, assez audacieux, assuraient qu’il fallait trouver  l’origine de leur espèce sur les terres émergées, là où ne vivaient désormais que quelques sortes de vers des sables géants et des êtres étranges aux yeux bleus qu’on appelait des fremens (eh oui, j’en aurais profité pour glisser une ou deux petites allusions de ce genre ici ou là).

Des expéditions auraient  lieu, dans cet endroit impossible, les terres émergées,  pour rechercher des preuves, des fossiles…

Voilà, j’avais à peu près tous les ingrédients pour une belle histoire. En prise avec la réalité d’aujourd’hui tout en anticipant des temps futurs et posant une réflexion sur la vie. Mais je suis resté incapable de l’écrire.

Je deviens sec, vous dis-je. Pourquoi ? Est-ce juste un mauvais moment à passer, ou bien un signe qu’il est temps que je rentre ma plume dans sa boîte,  balance mon ordi au recyclage, et me prépare à une autre vie ?

J'attends…  j’attends…et la sécheresse autour de moi gagne du terrain…

 

Par Hervé de Tonquédec
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